Crise migratoire : rencontre de Mme Theresa May et de M. Bernard Cazeneuve

30 juillet 2015

Communiqué de presse commun du ministère de l'intérieur du Royaume-Uni et de la France


Mme Theresa May, ministre britannique de l’intérieur et M. Bernard Cazeneuve, ministre français de l’Intérieur, se sont entretenus aujourd’hui à Londres de la crise migratoire. Les deux ministres ont discuté de l’agenda européen pour les migrations et de l’approfondissement de la coopération européenne sur la crise migratoire en Méditerranée, et de ses conséquences à Calais et à Coquelles.

Les ministres ont réaffirmé leur détermination à renforcer la coopération opérationnelle entre le Royaume-Uni et la France avant le sommet UE/Afrique sur les migrations, qui se tiendra à La Valette en novembre. Ils ont exprimé leur regret à la suite des récents décès tragiques de migrants ayant tenté de traverser le tunnel.

Le travail conjoint entre nos deux pays concernera à la fois le dialogue avec les pays d’origine et de transit, la lutte contre les filières du crime organisé et le renvoi des migrants illégaux.

S’attaquer aux migrations illégales et à leurs causes en amont  

La situation qui prévaut depuis plusieurs mois constitue un rappel tragique et inacceptable du risque mortel que prennent les migrants qui entreprennent de traverser la Méditerranée. L’Union européenne s’est pleinement saisie de cette situation, examinée lors des Conseils européens d’avril et de juin 2015. Au sein de l’Union, le Royaume-Uni et à la France prennent toute leur part et contribuent aux opérations de sauvetage qui empêchent de nouveaux décès en mer.

Une réponse de long terme à cette crise ne peut intervenir que par la stabilisation des pays d’origine et le démantèlement et la destruction des réseaux criminels de passeurs, qui font commerce de la misère et du désespoir d’êtres humains jetés sur les routes de l’exode par les guerres et les persécutions.

La France et le Royaume-Uni jouent un rôle moteur en Europe et aux Nations Unies pour s’attaquer aux racines de l’immigration illégale et aux réseaux du crime organisé qui l’alimentent. Des progrès considérables ont déjà été accomplis grâce à notre coopération renforcée en matière de renseignement et à une collaboration accrue entre nos différents services de police.

Le Royaume-Uni et la France se sont engagés à poursuivre le travail commun de démantèlement des filières du trafic des êtres humains depuis les pays d’origine et de transit en Afrique du Nord, de l’Est et de l’Ouest. Nos deux pays se sont à cet égard félicités du lancement de la mission de PSDC adoptée lors du Conseil des Affaires Etrangères de juin. Le Royaume-Uni et la France se sont engagés en faveur du développement de leur coopération en matière de renseignement, par la mise en commun de leurs capacités d’analyse. Les deux pays souhaitent que l’ensemble des informations, incluant les retours sur expérience des migrants, soient partagés à l’échelle européenne via le centre d’analyse JOT (Joint Operationnal Team) Mare, afin de permettre le démantèlement de davantage de filières : c’est le sens de la décision qu’ont prise le Royaume-Uni et la France d’envoyer au centre d’analyse des spécialistes du renseignement de leurs deux pays.

L’installation d’une unité opérationnelle régionale de l’UE en Sicile dans le cadre d’EUROPOL a constitué un indéniable progrès. Beaucoup reste encore à faire à travers l’Europe, notamment sur les points de transit migratoires. Les migrants doivent faire l’objet d’une procédure d’identification systématique dès leur arrivée, par la mise en place des « hot spots » promus par la Commission européenne.  Ceux des migrants qui ne sont pas en besoin de protection internationale devront être reconduits dans leur pays d’origine. De même, les deux pays ont souligné l’importance du travail en amont de la chaine migratoire et ont mis en place des moyens afin de soutenir les enquêtes et la collecte du renseignement, en lien étroit avec les pays d’origine. 

Le Royaume-Uni et la France s’accordent sur la nécessité absolue de coopérer avec les pays d’origine et de mettre en œuvre des actions de reconduite des migrants économiques irréguliers, en particulier vers l’Afrique de l’Ouest. Au Niger, un centre de soutien pour les migrants devrait ouvrir d’ici la fin de l’année, sous la coordination de l’Organisation Internationale pour les Migrations. Pour atteindre ces objectifs, le sommet de la Valette jouera un rôle de la plus grande importance. L’Union européenne doit mettre en place un programme ambitieux et concret, combinant mesures relatives au développement, au renforcement des capacités  et permettant une amélioration, à court terme, de la coopération de ces pays en termes de réadmission de leurs ressortissants.

Le gouvernement britannique a annoncé une nouvelle série de mesures relatives à la crise migratoire, comprenant une aide aux pays africains à hauteur de 217 millions de livres, afin d’aider environ 2,5 millions de réfugiés et de personnes vulnérables dans les pays que la majorité des migrants quitte ou traverse. 100 millions de livres supplémentaires d’assistance serviront à aider ceux qui ont été déplacés suite à la crise en Syrie.

Avec plus de 3 milliards d’euros dépensés chaque année en aides au développement en Afrique, la France contribue également à traiter les causes premières des migrations. Les pays d’origine et de transit en Afrique de l’ouest sont parmi ceux qui reçoivent le plus de fonds, y compris pour renforcer leurs infrastructures et les aider à gérer les migrations et prendre en charge les réfugiés.

Les deux pays se sont accordés pour coordonner leurs efforts dans ce domaine, et pour favoriser des programmes européens ambitieux à destination des pays d’origine, afin de soutenir le développement des compétences et d’améliorer les conditions et les niveaux de vie.

Le Port de Calais et le Tunnel sous la Manche

Le Royaume-Uni et la France continuent de travailler ensemble pour mettre en œuvre les mesures présentées dans la déclaration conjointe de septembre 2014, qui engageait le Royaume-Uni à hauteur de 15 millions d’euros pour faire face à la situation des migrants dans le Nord-Pas-de-Calais. 2 millions de livres supplémentaires ont été annoncées par la Ministre de l’Intérieur le 14 Juillet, afin de sécuriser la zone d’attente des camions à Calais.

Ainsi que la Ministre de l’Intérieur l’a expliqué devant le Parlement britannique le 14 Juillet, il a également été confirmé aujourd’hui que le Royaume-Uni a accepté de financer jusqu’à 7 milliards de livres supplémentaires pour augmenter la sécurité au niveau de la tête de ligne du Tunnel de la Manche à Coquelles.

D’importants renforts de police sont déployés à Calais à l’initiative du gouvernement français, afin de maintenir l’ordre, de veiller à l’application de la loi et d’assurer la sécurité des biens et des personnes. La France conduit par ailleurs une politique active de soutien humanitaire à destination des migrants, qui vise en particulier à favoriser leur exercice du droit d’asile et leur accès à une protection internationale. La France contribue déjà à couvrir les coûts du soutien humanitaire pour les migrants à Calais et des fonds supplémentaires seront sans aucun doute nécessaires pour poursuivre cette action.

Les deux pays s’accordent pour renforcer leur coopération visant à l’identification et l’assistance aux victimes de trafic humain, ainsi qu’à la poursuite en justice des trafiquants impliqués. La France et le Royaume-Uni prévoient de poursuivre leurs campagnes d’information des migrants sur les possibilités de demande d’asile en Franc, et sur les conditions de vie réelles au Royaume-Uni.  

L’effort d’amélioration de la sécurité sur le site de Calais a déjà débuté, avec le déploiement de barrières de sécurité utilisées lors du sommet de l’OTAN, ainsi que de barrières permanentes visant à protéger les plateformes depuis lesquelles les migrants tentent de monter à bord de trains à destination du Royaume-Uni, en stationnement ou à faible vitesse. La première contribution britannique à la mise en place de barrières supplémentaires sera d’ailleurs réalisée dans le courant de la semaine. Le Ministre français de l’Intérieur a salué la récente annonce de la Ministre britannique de l’Intérieur, aux termes de laquelle le gouvernement britannique s’est engagé à soutenir le Port de Calais dans la création d’une zone tampon sécurisée pour les camions à destination du Royaume-Uni. Cette installation est en cours, un accord trouvé avec le port ayant d’ores et déjà permis d’assurer la pleine sécurité des camions, avec effectivité immédiate. La zone tampon sécurisée et les barrières supplémentaires installées dans le port de Calais permettront la constitution de files d’attente de 230 véhicules, si nécessaire. Les deux ministres ont également souligné la mobilisation continue des forces de l’ordre à Calais, afin d’empêcher des migrations illégales et d’éviter d’autres décès sur la ligne de chemin de fer.

Les deux ministres se félicitent de la qualité de leur échange et des progrès que leur rencontre du 28 juillet 2015 a permis, et seront destinataires de rapports réguliers de leurs collaborateurs et administrations concernant l’avancement des différents éléments figurant dans l’accord. Ils sont convenus de poursuivre ce dialogue quotidien entre la France et le Royaume-Uni, en organisant une nouvelle rencontre ministérielle, avant la fin de l’année à Paris.